Adhérer

Le Président du SYNAFOC s’alarme des effets de la crise sanitaire sur les joueurs africains.

Vice-président de la Fédération internationale des associations de footballeurs professionnels (Fifpro), président du syndicat des joueurs camerounais, il appelle les gouvernements africains à s’investir davantage dans le développement et la professionnalisation du ballon rond sur le continent.

Quel effet la crise sanitaire a-t-elle eu sur le quotidien des joueurs africains ?

En Algérie, au Maroc, en Égypte, en Tunisie et en Afrique du Sud, l’économie du football est relativement structurée et l’impact de la crise sur les joueurs a été moins grave qu’ailleurs sur le continent. Mais, dans l’ensemble, les conditions de vie se sont beaucoup détériorées. Avant la crise sanitaire, les retards dans le versement des salaires pouvaient déjà atteindre plusieurs mois. Cela s’est encore aggravé. Les clubs ont de moins en moins de ressources pour payer leurs charges. Il n’y a plus de public dans les stades et les sponsors, déjà rares, sont eux aussi confrontés à des difficultés économiques.

Aujourd’hui, il y a des footballeurs qui ne touchent plus rien ou presque et qui sont obligés de faire un autre métier pour vivre. C’est par exemple le cas au Gabon, où le championnat n’a pas repris.

La crise a-t-elle poussé davantage de footballeurs à l’exil ?

Nous avons des informations qui le confirment. Ils sont de plus en plus nombreux à vouloir quitter leur pays pour tenter de rejoindre l’Afrique du Nord, l’Europe ou l’Asie. Le problème, c’est que ces joueurs partent sans l’invitation d’un club étranger pour effectuer un essai. Ils y sont encouragés par des agents peu scrupuleux et parfois aussi par leur famille qui voient dans cet exil le seul espoir d’avoir une vie meilleure.

Résultat : les joueurs n’ont souvent pas de visa, pas d’argent et se retrouvent livrés à eux-mêmes dans des pays qu’ils ne connaissent pas. Leur quotidien est très précaire et, régulièrement, cela se termine mal.

Quelles seraient les solutions pour limiter cet exode ?

Les joueurs africains veulent partir car ils n’ont pas de perspectives chez eux. Pour changer cela, il faudrait développer un football professionnel adapté aux réalités africaines. Les joueurs doivent pouvoir toucher des salaires décents, réguliers, s’entraîner et jouer sur de bons terrains, être protégés en cas de blessure, cotiser pour leurs retraites… Pour cela, j’en appelle aux gouvernements.

Rien n’est possible sans eux ?

Non, parce qu’en Afrique, les fédérations sont surtout préoccupées par les sélections nationales et beaucoup moins par le développement des clubs. Sur le fond, je ne comprends pas pourquoi les Etats ne considèrent pas le football, qui est la discipline la plus pratiquée et la plus populaire, comme une chance pour la jeunesse africaine. S’ils s’impliquaient davantage dans la structuration du football professionnel, les effets seraient multiples et tout le monde y trouverait son compte.

A condition, toutefois, de mettre en place des règles strictes pour contrôler l’usage des fonds publics. Au Gabon, l’Etat subventionne le football très largement, mais comme le suivi de l’argent n’est pas assuré, il y a des dérives et les joueurs sont les premières victimes.

Quels changements concrets attendez-vous ?

Si les Etats débloquaient des moyens, les joueurs resteraient chez eux. Cela améliorerait le niveau des championnats et attirerait du public, des sponsors, à qui on pourrait proposer des incitations fiscales, et des télés qui verseraient des droits de retransmission. Si les joueurs touchaient des salaires décents, ils consommeraient chez eux, payeraient des impôts. Les meilleurs pourraient peut-être être transférés à l’étranger, ce qui rapporterait de l’argent aux clubs. Si le football se développait, cela également créerait des emplois directs et indirects.

Les Etats ont tout à y gagner et, pourtant, rien ne bouge vraiment. Je ne comprends pas ce manque de vision des politiques africains. Ils savent récupérer les succès sportifs, mais pas s’inscrire dans le long terme, pour le bien de leur jeunesse notamment.

 

Propos recueillis par Alexis Billebault du journal le monde. 

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